Documents et Histoire maçonniques

Le Maçon libre dans la Loge libre

24 Mars 2016, 12:18pm

Publié par pmbordeaux

Tout le monde connaît cette sentence et l'utilise souvent pour définir la (sa ?) maçonnerie mais peu en connaissent l'origine. C'était la devise de la Grande Loge Symbolique Écossaise créée en 1880. Elle est citée dans l'article 2 des Constitutions.

D'où vient-elle ? Merci à Kevin d'avoir partagé une publication (Pour servir à l’Histoire des Décrets rendus par le Sup:. Cons:. le 12 Mai 1879) qui, sans la citer, explique cependant le pourquoi de cette devise.

Reprenons l'Histoire…

La gestion des Loges symboliques par le Suprême Conseil de France est très mal vécue par les FF:. "de base". Il en résultera des scissions, à commencer en 1848 avec la création de l'éphémère Grande Loge Nationale puis en 1868 par celle du Comité Central du Rite Ecossais Réformé. Le 20 novembre 1879, 9 Loges se constituent en Grande Loge Symbolique Indépendante.

Que s'est il passé ?

Le F:. BALLUE, député de la Loge La Justice n° 133, se référant aux Constitutions de 1875, propose que l'autonomie soit donnée aux Loges symboliques afin que cesse "un contrôle incessant et une ingérence minutieuse dans les travaux et règlements des At:. de son obédience, une situation politique toute nouvelle rend à la Maç:. sa liberté d’action et dégage, par conséquent, la responsabilité du S:.C:.".

Le 15 avril 1879 un courrier, signé par Paul GOUMAIX-CORNILLE, Député de la L:. n° 166, L'Écossaise, H. DENUS, Député de la L:. n° 216, Égalité et Progrès, Gustave MESUREUR, Député de la L:. n° 38, L'Olivier Écossais, A. DUBOIS, Député de la L:. n° 89, Les Amis de la Vérité, et A. BALLUE, déjà cité, tous Officiers de la 1ère Section de la Grande Loge Centrale, est adressé au Sup:. Cons:.. Constatant que "tout travail inspiré par l’esprit de liberté [est] censuré" et qu'"un examen attentif de l’heureux développement de la maçonnerie Écossaise à l’étranger nous a fait aisément reconnaître, ce que nos légitimes aspirations nous faisaient pressentir, que leur état de prospérité était dû à la liberté dont jouissent presque partout les Loges symboliques, et nous en avons conclu, comme vous le ferez avec nous, qu’en France, terre classique de la liberté, l’autonomie des Loges amènerait les mêmes résultats.
Nous demandons donc à être libres comme nos FF:.
des maçonneries bleues de l’Amérique du Nord, de l’Amérique du Sud, de l’Angleterre, de la Belgique, de la Suède, de la Norvège, de la Hongrie, de l’Allemagne, d’Irlande, d’Écosse, etc., etc."

La réaction du Sup:. Cons:. ne se fait pas attendre. Nous pouvons lire dans les extraits du procès-verbal de sa séance du 12 mai 1879 que :

"Considérant que la L:. n° 133 La Justice[1] a publié et mis en circulation, sans autorisation préalable, une première brochure à la date du 3 janvier dernier, et une seconde brochure à la date du 7 février, lesquelles brochures ont été envoyées aux L:. L:. et aux maçons du Rite ;
Que par cette publication illégale elle a contrevenu à l’article 86 des Règlements généraux ;
Que ces écrits irréguliers sont, en fait, un appel à la révolte et tendent à une transformation et à une désorganisation radicale du Rite;
"

Décrète :

"Art. 1er. - La L:. n° 133 La Justice, à l’Or:. de Paris est mise en sommeil. Cet at:. est dissous et cesse de faire partie du Rite Ecossais ancien accepté, à partir de ce jour."

Concernant le courrier :

"Vu la circulaire en date du 15 avril 1879, signée par cinq officiers et membres de la 1ère Section de la Gr:. L:. Cent:. ; […] Considérant que cette circulaire a été adressée aux ateliers du Rite sans autorisation préalable et en violation de l’article 86 des Règlements généraux ;"

Décrète :

"Art. 1er. - Les F:. F:. Goumain-Cornille, H. Denus, Gustave Mesureur, A. Dubois et A. Ballue, sont suspendus de leurs droits et fonctions maçonniques, pendant la durée de deux ans à partir de ce jour."

En réponse, ces FF:., hormis A. BALLUE, envoient le 16 mai un courrier au T:.P:.S:.G:.C:. et G:.M:., Adolphe CREMIEUX, pour "protester contre une mesure dictatoriale prononcée sans avoir même entendu les parties intéressées." Et de poursuivre pour "manifester [leur] étonnement que « dans une association d’hommes libres, réunis dans le but d’être utiles à leurs semblables, » la liberté soit systématiquement bannie."

La Loge La Justice, proteste également de la sanction, mettant en avant une initiative personnelle des 3 FF:. membres de l'Atelier signataires des écrits (Gustave Mesureur, Paul Goumain-Cornille et André Ballue) n'engageant nullement l'ensemble des FF:. de la Loge.

Quelques mois après, le 20 novembre 1879 naît la Grande Loge Symbolique Indépendante qui deviendra, l'année suivante, le 24 aout, la Grande Loge Symbolique Ecossaise. Parmi les 12 Loges fondatrices de la GLSE nous retrouvons 4 des Loges précédemment citées.[2]

Le premier GM est Paul Goumain-Cornille (Vénérable de la Loge Libres Penseurs, Loge qui initia Maria Deraismes). Il sera réélu en 1884 et 1890. Gustave Mesureur le sera 3 fois en 1883, 1887 et 1894.

On peut également citer George Martin, initié dans la Loge Union et Bienfaisance en 1879, GM en 1881, à l'origine de l'initiation de Maria Deraismes et de la création du DH ainsi qu'Oswald Wirth…

Pour conclure… on le voit en lisant les écrits mentionnés, la liberté et la volonté d'être libre - et indépendant vis-à-vis du SCDF - sont au cœur des revendications de ces FF:.. Il est donc tout naturel que la devise se soit imposée dans cette nouvelle obédience.

 

 

[1] Déjà mise en sommeil en 1874 pendant 3 ans.

[2] L'Olivier écossais » (SC no 38) ; La Jérusalem écossaise (SC no 99) ; La Justice » (SC no 133) ; Les Hospitaliers de Saint-Ouen (SC no 135) ; Les Vrais Amis fidèles (SC no 137) ; La Ligne droite (SC no 146) ; Les Héros de l'Humanité (SC no 147) ; L'Écossaise (SC no 166) ; Union et Bienfaisance (SC no 187) ; La Franche Union (SC no 189) ; La Sincérité (SC no 224) ; Les Amis de la vérité (SC no 89).

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